Avertissement : cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis juridique. En cas de litige avec un propriétaire ou un syndic, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit immobilier ou de contacter une association de défense des locataires (ADIL, associations agréées).
Les moisissures en copropriété soulèvent une question juridique centrale : qui est responsable, et qui doit payer ? La réponse dépend de l’origine du désordre — partie commune ou partie privative — et de la qualité de la personne en cause, syndic, propriétaire bailleur ou locataire. Cet article détaille les textes applicables, les démarches à effectuer et les recours disponibles, du signalement amiable jusqu’à la procédure d’insalubrité devant le tribunal judiciaire.
Parties communes ou parties privatives : comment déterminer la responsabilité ?
La première étape consiste à localiser l’origine des moisissures. Cette distinction conditionne entièrement la chaîne de responsabilité.
Les parties communes désignent, selon l’article 3 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, toutes les parties du bâtiment non réservées à l’usage exclusif d’un copropriétaire : toiture, façades, murs porteurs, escaliers, caves communes, canalisations encastrées dans les murs, system de ventilation collectif. Une infiltration par la toiture ou un défaut d’étanchéité d’une façade relève donc de la copropriété.
Les parties privatives couvrent les lots appartenant à chaque copropriétaire : revêtements de sols et de murs, cloisons non porteuses, installations sanitaires privatives. Une condensation due à un défaut de ventilation ou à un comportement d’usage inadapté (séchage du linge en intérieur, défaut d’aération) relève en principe de la responsabilité du résident.
En pratique, l’origine est souvent mixte : un pont thermique dans un mur porteur (partie commune) favorise la condensation à l’intérieur d’un appartement (partie privative). Dans ce cas, la responsabilité du syndicat de copropriété peut être engagée même si les moisissures apparaissent en surface intérieure. Un rapport d’expertise technique — établi par un bureau d’études indépendant ou un expert judiciaire — permet de trancher.
Quel est le rôle du syndic face aux moisissures en copropriété ?
L’article 18 de la loi du 10 juillet 1965 impose au syndic d’administrer l’immeuble, d’assurer sa conservation et l’exécution des travaux nécessaires. Cette obligation est large : elle couvre non seulement les réparations urgentes mais aussi la gestion préventive des désordres constatés.
Lorsque des moisissures sont signalées dans une partie commune ou lorsqu’un copropriétaire notifie que l’état des parties communes cause des infiltrations dans son lot, le syndic est tenu d’agir. Concrètement, ses obligations incluent :
- Faire réaliser un diagnostic de l’origine du désordre
- Inscrire les travaux nécessaires à l’ordre du jour de l’assemblée générale
- Engager les travaux d’urgence relevant de ses pouvoirs propres (conservation de l’immeuble) sans attendre le vote de l’assemblée, dans les limites prévues par le règlement de copropriété et les textes en vigueur
La responsabilité du syndic peut être engagée sur le fondement de la faute contractuelle s’il omet d’agir alors qu’il a été dûment informé du problème. La jurisprudence des cours d’appel admet régulièrement l’indemnisation des copropriétaires ou locataires victimes d’une carence du syndic documentée.
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Obligations du propriétaire bailleur : le logement décent
Indépendamment de la question de la copropriété, le propriétaire bailleur est soumis à des obligations spécifiques découlant du droit du bail.
Le décret du 30 janvier 2002 sur les logements décents
Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent précise les critères auxquels doit répondre tout logement mis en location. Parmi ceux-ci figurent :
- L’absence d’infiltrations et de ruissellements sur les parois
- Une ventilation suffisante assurant le renouvellement de l’air et l’évacuation de l’humidité
- L’absence d’humidité de nature à porter atteinte à la santé des occupants
Des moisissures étendues, résultant d’un défaut structurel de ventilation, d’une toiture défaillante ou d’une isolation insuffisante, caractérisent un manquement à ces exigences. La loi du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs, dans son article 6, dispose que le bailleur est tenu de délivrer au locataire un logement décent et de maintenir ce logement en état de servir à l’usage prévu par le contrat.
Logement décent vs logement insalubre
Ces deux qualifications sont distinctes et obéissent à des procédures différentes :
| Qualification | Texte de référence | Autorité compétente | Effet |
|---|---|---|---|
| Logement indécent | Décret du 30 janvier 2002 + art. 6 loi du 6 juillet 1989 | Tribunal judiciaire | Obligation de travaux + réduction de loyer possible |
| Logement insalubre | Art. L1331-26 Code de la santé publique | Préfet sur rapport ARS/SCHS | Arrêté préfectoral d’insalubrité + travaux sous astreinte |
Un logement peut être indécent sans être formellement insalubre — et inversement. La procédure d’insalubrité implique des degrés de danger plus élevés et des pouvoirs de police administrative plus étendus.
Comment rédiger une mise en demeure efficace ?
La mise en demeure est le préalable incontournable à tout recours contentieux. Elle doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire (ou au syndic selon l’origine du désordre).
Contenu obligatoire de la mise en demeure
- Identification des parties : nom, adresse du demandeur et du destinataire
- Description précise du désordre : localisation, étendue, date de première apparition
- Fondement juridique : article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et/ou décret du 30 janvier 2002 pour un bailleur ; article 18 de la loi du 10 juillet 1965 pour le syndic
- Pièces jointes : photos datées, rapports de diagnostic, éventuels courriels antérieurs restés sans réponse
- Délai de réponse : entre 8 et 15 jours pour les situations urgentes, 30 jours pour les cas non urgents
- Réserve contentieuse : mention explicite qu’en l’absence de réponse, le destinataire sera saisi d’une action devant le tribunal judiciaire ou d’un signalement auprès des autorités compétentes
Après la mise en demeure : les voies de recours
Si le propriétaire ou le syndic ne répond pas ou refuse d’agir dans le délai imparti, plusieurs voies s’ouvrent :
1. La Commission départementale de conciliation (CDC) Prévue par la loi du 6 juillet 1989, cette instance gratuite et paritaire (représentants de bailleurs et de locataires) peut être saisie pour toute contestation relative au logement décent. La saisine est facultative mais recommandée avant le tribunal.
2. L’Agence Régionale de Santé (ARS) ou le Service communal d’hygiène et de santé (SCHS) Pour les situations présentant un risque sanitaire sérieux, le locataire peut signaler le logement à l’ARS ou au SCHS de la mairie. Ces autorités peuvent diligenter une inspection et, si le logement est déclaré insalubre au sens de l’article L1331-26 du Code de la santé publique, transmettre un rapport au préfet en vue d’un arrêté d’insalubrité.
3. Le tribunal judiciaire En l’absence de solution amiable, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire du lieu de situation du logement pour :
- Obtenir la condamnation du bailleur à réaliser les travaux sous astreinte
- Obtenir une réduction de loyer proportionnelle à l’indécence du logement pendant la période concernée
- Solliciter des dommages-intérêts pour préjudice de jouissance et préjudice moral
La procédure peut être accélérée via le référé si le risque sanitaire est immédiat et manifeste.
La procédure d’insalubrité : article L1331-26 du Code de la santé publique
L’insalubrité est définie par l’article L1331-26 du Code de la santé publique comme l’état d’un immeuble (ou d’une partie d’immeuble) qui constitue un danger pour la santé des occupants ou des voisins, soit en raison de son état intrinsèque, soit en raison des conditions dans lesquelles il est occupé. Les moisissures massives, associées à une humidité chronique et à une ventilation déficiente, peuvent justifier cette qualification.
Déroulement de la procédure
- Signalement : par le locataire, le maire, le procureur de la République ou tout service administratif
- Inspection : réalisée par l’ARS ou le SCHS, avec visite sur site et rapport technique
- Rapport au préfet : si l’insalubrité est caractérisée, le rapport est transmis au préfet
- Arrêté préfectoral : le préfet peut prendre un arrêté d’insalubrité remédiable (travaux imposés dans un délai fixé) ou, dans les cas les plus graves, un arrêté d’insalubrité irrémédiable (démolition ou interdiction définitive d’habiter)
- Effets sur le bail : en cas d’arrêté d’insalubrité, le bail est suspendu de plein droit, le bailleur est tenu d’assurer le relogement du locataire, et le loyer cesse d’être dû à compter de la notification de l’arrêté
Sanctions pour le propriétaire défaillant
Le propriétaire qui n’exécute pas les travaux prescrits par l’arrêté préfectoral dans le délai imparti s’expose à :
- Une astreinte administrative dont le montant est fixé par le préfet
- L’exécution d’office des travaux aux frais du propriétaire, après mise en demeure restée infructueuse
- Des poursuites pénales au titre de l’article L1337-4 du Code de la santé publique pour mise en danger de la vie d’autrui liée à la mise en location d’un logement indécent ou insalubre
Le traitement des moisissures : à qui incombe-t-il ?
Une fois la responsabilité établie, la question du traitement des moisissures se pose. Le traitement moisissures, lorsqu’il est rendu nécessaire par un désordre structurel imputable au bailleur ou à la copropriété, est à la charge du responsable identifié — non du locataire. Si le locataire a fait réaliser des travaux d’urgence pour protéger sa santé, il peut en demander le remboursement devant le tribunal judiciaire, à condition de justifier que le bailleur avait été mis en demeure et n’avait pas agi.
En revanche, si les moisissures résultent d’un comportement d’usage (absence d’aération, suroccupation, séchage du linge en intérieur), la responsabilité du locataire peut être retenue, et les frais de remise en état lui seront imputés.
Synthèse des démarches à suivre
Pour un locataire confronté à des moisissures importantes dans son logement en copropriété :
- Documenter : photos datées, relevés d’humidité si possible, constats d’huissier en cas de litige important
- Identifier l’origine : faire appel à un diagnostiqueur ou bureau d’études indépendant
- Adresser une mise en demeure au bailleur (et/ou au syndic) par LRAR avec délai explicite
- Saisir la CDC si aucune réponse dans le délai imparti
- Signaler à l’ARS/SCHS si le risque sanitaire est avéré et que le bailleur reste inactif
- Saisir le tribunal judiciaire en dernier recours pour obtenir condamnation à travaux, réduction de loyer et dommages-intérêts
La responsabilité des moisissures en copropriété repose sur une analyse rigoureuse de l’origine du désordre, des textes applicables et de la documentation constituée. La mise en demeure écrite et datée est le point de départ de toute démarche juridique efficace. En l’absence de réaction du bailleur ou du syndic, les voies de recours — commission de conciliation, signalement ARS, tribunal judiciaire — offrent des outils réels pour contraindre les responsables à agir.
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